Contamination et adultération des cires d’abeilles

     Très souvent des apiculteurs en France, Belgique, Italie, Allemagne, et un peu partout sur toute la planète font état de problèmes avec des lots de cire gaufrée, (refus des abeilles de bâtir ces cires gaufrées, refus de la reine de pondre sur ces cadres, mortalité de couvain, mauvaise tenue de certaines cires pouvant aller jusqu’à l’effondrement des bâtisses, contamination de certaines cires par des molécules chimiques).
Le regain d’intérêt pour l’apiculture professionnelle et l’apiculture de loisir, les faibles récoltes de certaines années ne permettent pas l’autosuffisance en cire, entrainant un prix élevé de la cire et rendant ainsi le marché attractif à toutes les solutions pour combler la demande : importation de cires asiatiques, africaines et autres, chargées en produits chimiques parfois toxiques pour les abeilles, mais aussi parfois rajout de produits pétroliers pour « rallonger » la sauce (paraffine et stéarine par exemple).

En mars 2017, au congrès européen d’apiculture de Piacenza en Italie, les conférence:
Feuilles de cire gaufrées létales: un nouveau scandale de la cire, par: Sebastian Spiewok, Deutsches Bienen-Journal (DE) – Markus Gann, Imkerei Bee-Gann (DE)
et    Cire empoisonnée. Contaminations et adultérations, par Chiara Concari, Unaapi (IT) – Stefano Fenucci, Il Pungiglione (IT)
nous ont bien montré la gravité de ces problèmes.
En dessous, la photo d’un cadre de couvain dont la cire a été adultérée avec de la stéarine, toxique pour les larves. (photo de Marcus Gann) et sur ce lien, d’autres photos de Markus Gann montrant des cires adultérées avec de la stéarine
cire stearine
En même temps que le congrès, se tenait le salon Apimell, où il y avait de nombreux stands de marchands de cire, les 2 chercheurs allemands sont allés chercher des échantillons sur chaque stand et les ont testés : seuls 2 sur une vingtaine n’étaient pas adultérés!
On peut aussi trouver dans la cire des résidus de traitements anti varroas, (acaricides), des pesticides présents dans le nectar et le pollen des fleurs butinées et d’autres contaminants présents dans l’environnement. Ces molécules sont liposolubles, donc absorbées par les corps gras de la cire, et persistent très longtemps dans la cire.On retrouve encore aujourd’hui dans celle-ci du coumaphos dont l’utilisation est pourtant interdite depuis 2002.
La cire peut aussi véhiculer des agents biologiques tels que des bactéries (spores de loque américaine ou européenne) ou des parasites (spores de Nosema par exemple). L’utilisation de feuilles contaminées peut être responsable de la diffusion d’épizooties comme la loque américaine, pouvant entrainer des problèmes sanitaires impactant l’ensemble de la filière apicole.
Sur les liens suivants, vous trouverez des infos plus complètes sur l’état des cires utilisées en France par les apiculteurs:

Document de l’ Ada-Aura du 15/11/2016 sur la contamination des cires.

Article de l’Itsap sur l’état des lieux des cires à usage apicoles utilisées en France.

Thèse du Docteur Vétérinaire Agnès Schryve citée dans le document de l’Itsap.

Il est donc nécessaire d’utiliser des nouvelles feuilles de cire indemnes de ces agents pathogènes.
     Dans les corps de ruches, les cires sont les plus contaminées et leur remplacement est devenu obligatoire. Il faudrait au minimum remplacer 2 cadres de corps dans les ruches D10 chaque année, certains apiculteurs préconisant même 3 ou 4. Une bonne habitude est de marquer les cadres que vous introduisez d’un point de la couleur des reines de l’année, ce qui permet de reconnaitre les plus anciens à enlever.
Mais il faut impérativement détruire ces cadres car si vous récupérez la cire et si vous la remettez dans le circuit, les contaminants vont rester éternellement dans les cires du commerce. De plus en plus de ciriers n’acceptent d’ailleurs plus de cire de corps. Il faut utiliser uniquement la cire d’opercules, et mieux même uniquement votre cire d’opercule. Certains ciriers gaufrent à façon des petits lots de cire, ce qui vous permet d’utiliser uniquement la cire de vos abeilles, sans qu’elle soit mélangée avec de la cire de provenance inconnue. Une bonne pratique pour obtenir plus de cire d’opercules est d’utiliser des hausses avec 8 cadres sur des ruches D10, les abeilles vont plus étirer les cellules pour stocker le miel et vous donneront plus d’opercules. Mais encore faut-il que les abeilles récoltent du miel, et ça c’est une autre histoire…..
Du vrai travail de pro.
     Et si vous portez à un cirier de petits lots de cire à gaufrer, encore faut-il que votre cire soit de bonne qualité. Elle peut contenir beaucoup d’impuretés, ce qui vous fera perdre des feuilles gaufrées ; elle peut avoir été surchauffée au moment de la couler en pain, ce qui lui fera perdre des qualités, et peut avoir une vilaine couleur grisâtre si elle a été fondue dans des récipients inadéquats. Les vieux baquets, lessiveuses et récipients galvanisés et rouillés sont mieux en déchetterie que dans votre atelier de fonte de cire, idem pour les anciennes chaudières à cire en métal galvanisé qui noircissent la cire.
     Il est conseillé d’utiliser des récipients en inox ;pour ma part,  j’utilise un faitout d’une quinzaine de litres,(on en trouve des peu chers en supermarché lors de « foire à l’inox »), et pour les pains de cire j’utilise comme moules des gamelles inox pour chiens achetées au rayon animaux de grandes surfaces dont le prix est d’ environ 3€.
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     Je vais vous montrer en photos ma méthode simple et efficace.
     D’abord, il faut rincer vos opercules,car si vous les fondez encore gluantes de miel, ça va écumer un maximum au chauffage, et 5kg de cire fondue qui débordent sur le carrelage, c’est pas simple à rattraper.
     Je commence à les recouvrir d’eau dans le seau où elles sont et je les laisse souvent tremper une nuit pour bien diluer le miel restant.
IMG_5751      Ensuite je rince ces opercules dans un tamis ; évitez de faire ça en pleine journée s’il fait chaud, car il y a un fort risque de pillage( je le fais le soir et je laisse égoutter la nuit). L’idéal est de le faire  par temps pluvieux, tout est bien rincé au matin.IMG_5753IMG_5755
      Ensuite fonte des opercules, il faut impérativement mettre de l’eau au fond du récipient de fonte,  environ 5cm. La température d’ébullition de l’eau est de 100°C, la t°de la cire fondue ne montera pas au delà et la cire conservera ses qualités.IMG_5766     On rajoute la cire et on commence à chauffer : attention, il faut impérativement surveiller tout le temps car vous risquez l’incendie si vous oubliez la gamelle sur le feu et que toute l’eau s’évapore.
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      Ça va mousser en fin de fonte, si l’écume monte trop, diminuez le feu.
IMG_5770IMG_5773     Je laisse en ébullition pendant 10 ou 15mn, çe qui va permettre de tuer les bactéries, spores et autres qui peuvent se trouver dans la cire. Ça n’est pas suffisant pour tuer les spores de loque américaine, mais comme cette cire provient de vos ruches et que vous êtes d’excellents apiculteurs, vous n’avez pas de loque américaine dans vos ruches….?
     Et cette ébullition prolongée va permettre à toute l’écume grisâtre de la photo précédente de passer dans l’eau de la gamelle.IMG_5775     Quand l’écume a cette belle couleur jaune, j’enlève la gamelle du réchaud et je laisse décanter 1/4 d’heure. Il faut enlever la gamelle du réchaud, les pattes du réchaud restant très chaudes, et produisent des mouvements de convection dans la cire fondue perturbant la décantation. Pendant cette décantation, les gouttelettes d’eau présentes dans la cire sont toutes redescendues au fond en entrainant la majorité des impuretés avec elles.
     Quand la cire est bien décantée, je la coule dans un moule, en ne prélevant que la surface avec une louche, sans brasser le fond ce qui risquerait de faire remonter des débris. Je la passe dans une passoire pour enlever les gros débris éventuels.
IMG_5779IMG_5786     Il faut s’arrêter de prélever la cire fondue avant d’arriver à la couche d’eau et d’impuretés du fond. Si on travaille avec précaution, on voit les débris par transparence à travers la cire fondue.
IMG_5785      Une fois solidifié, ce qui reste dans le récipient de fonte va vous donner une galette de cire avec en dessous tous les débris qui ont surnagé sur l’eau.
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     Un bon coup de brosse dure et un passage au jet vont enlever la majorité des débris et votre galette de cire presque propre pourra être utilisée à la prochaine fonte d’opercules.
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     Cire épurée en cours de solidification.
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     Cette première fonte va vous donner une cire exempte de gros débris.IMG_5761
     Mais au démoulage elle contient encore des petites impuretés.
IMG_5760     Je fonds mes opercules au fur et à mesure de mes récoltes, ça m’évite de retrouver des seaux d’opercules mal rincées et humides vertes de moisissures à l’automne.
     Les pains de cires même contenant des impuretés comme celui là se conservent très bien sans être attaqués par la fausse teigne jusqu’à l’hiver. 
     Et quand la mauvaise saison est là, je reprends mes pains de cire et je recommence la même opération en coulant des pains plus gros que ceux de la première fonte. J’utilise la casserole inox d’une ancienne cocotte minute réformée mais attention de bien prendre une cocotte avec des poignées soudées car si elles sont rivetées, le démoulage du pain sera impossible à cause des têtes des rivets. Par sécurité, je mets dans ma passoire une toile nylon très fine pour enlever les éventuels débris nageant dans la cire.
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     Et si vous avez bien travaillé, voilà ce que vous devez obtenir : un pain de cire quasiment sans impureté que votre cirier va gaufrer avec plaisir.
IMG_6118     Une astuce pour le démoulage : si vous utilisez une casserole, les bords sont verticaux et le démoulage difficile. Une fois que la cire est dure, mettez la casserole au congélateur quelques heures. Le retrait de la cire au froid est plus important que le retrait de l’inox, le pain de cire va se décoller de la casserole et se démouler facilement.